Jusqu'en 2017, année des prochaines élections présidentielles, la toile sera présentée à des élèves de primaire, de collège et de lycée. Un compte rendu en sera fait et présenté sur le site à chaque fois.
La première rencontre a eu lieu à Clermont-Ferrand.
Les prochaines se tiendront à Paris, Die et Lyon. Vous en serez informés.


CLERMONT-FERRAND

(Lycée Ambroise Brugière)


J'ai présenté le tableau « Au revoir les enfants » aux élèves de la classe de 1ère L du Lycée Ambroise Brugière de Clermont-Ferrand le 28 mai 2015.
La toile n'ayant pas pu être transportée, étant données ses dimensions, l'image du tableau fut donc projetée aux élèves dans la salle polyvalente du Lycée.
La cession dura deux heures. Lors de la première heure Monsieur Tardiff, le professeur, de français, de la classe, fit voir à ses élèves un cours métrage, « Aïssa » de Clément Tréhin-Lalanne, (Takami productions), présenté au festival de Clermont-Ferrand en 2014.
Ce documentaire de 8 minutes retrace la visite médicale « anatomique » d'une jeune femme à la peau noire. Elle est accompagnée par un policier. L'enjeu de cette consultation médicale se révèle être de déterminer si elle est majeure auquel cas elle sera renvoyée dans son pays d'origine puisque, c'est ce que le déroulé du film donne à comprendre, « sans papiers ».
Les élèves ont débattu pendant une petite heure à propos de ce qu'ils ont vu. Puis, de retour de récréation il leur a été montré l'image de la toile.

Je prends ici le parti de ne redistribuer que quelques cartes, quatre, de cette rencontre. Les propos tenus ont été enregistrés dans leur intégralité et j'aurais pu choisir de vous les retranscrire entièrement mais rien ne vaut un rendu subjectif de la séance puisque c'est à ce niveau que nous nous exprimons tous et que ce qui reste d'une rencontre aura ses effets les plus marquants.

- Lorsque les élèves furent installés sur leurs chaises, dans la pénombre, l'image du tableau fut projetée sur un mur en dimensions agrandies, environs 3,5 mètres de large pour un peu plus de deux mètres de hauteur. Cette précision est apportée pour étayer, en partie, le fait que cette« saisissante apparition » de l'image fut suivie d'un silence de près de deux minutes avant que les premiers doigts ne se lèvent . En partie seulement car cela peut se dire par un autre biais. J'avais en effet été frappé par le fait d'avoir été mis dans l'ambiance que les élèves, adolescents, étaient censés ne pas avoir forcément beaucoup d'allant par rapport à la prise de parole et l'émission d'opinions en propre. Pourtant, j'ai immédiatement perçu ce silence comme un temps structurant où la matière se forme - en maçonnerie l'on parlerait de la prise du ciment -, et établit la liaison entre la perception de l'image et son rendu , la symbolisation par la parole. Soit le temps, ici réalisé, où dans quelque circonstance que ce soit se détermine l'engagement d'un sujet. Cela se provoque.-

- Le portrait de groupe des élèves m'avait été brièvement brossé ainsi que celui des quelques personnalités saillantes. L'une d'elle m'avait été décrite comme étant en rupture avec sa famille et vivant depuis peu dans un foyer. Elle fut particulièrement incisive, tant pendant l'échange à propos du court métrage que pendant celui à propos de la toile, soumettant des hypothèses, trouvant des réponses et surtout posant des questions dont l'une d'entre elles me frappa par l'inattendu de sa portée. L'image sur le mur n'était pas d'une excellent définition au niveau des couleurs. Cette élève désigna la couleur orange à tel endroit, puis entendant plusieurs de ses camarades parler de la couleur rouge me demanda enfin si c'était du rouge ou de l'orange. Évidemment sans que je ne le lui dise je trouvais cela tout à fait indicatif de ses interrogations existentielles vis à vis d'elle même puisque d'une part, outre sa situation personnelle, il m'avait été précisé que ses cheveux étaient teint en... rouge et que d'autre part je pu me rendre compte, à hauteur de ses sourcils, qu'à l'origine elle était rousse, orange.
Comme quoi, le sujet de la toile revêt toujours un caractère d'insaisissable qui doit justement permettre au spectateur de se percevoir là où jusqu'à présent il se manquait à lui-même.

- La réciproque est vrai et c'est l'un de mes grands plaisir en tant que peintre que d'être saisi par une parole qui me renvoie à ma toile au lieu où je ne l'avais pas vue. En l'occurrence certains élèves me signalèrent que quelques uns des personnages avaient entre eux une particularité commune qui permettait de les qualifier à part des autres. (Je n'en dirai pas plus aujourd'hui pour ne pas enlever aux futurs spectateurs la possibilité de trouver par eux-même). A l'inverse, puisque ce tableau s'appuie sur de nombreuses histoires pour en pointer une, celle des enfants de sans papiers, ce fut une immense satisfaction de voir que dans un échange où j'orientais les débats a minima, l'essentiel de ce que j'avais placé dans cette toile fut perçu. Avec parfois un petit plus donc comme expliqué en première partie de ce paragraphe, mais aussi avec une justesse toute inconsciente comme le prouve l'exemple suivant. L'une des élèves désigna une des silhouettes représentées et dit « Celle là, j'ai du mal à savoir dans quel camp elle se trouve. ». Je pu alors lui répondre que le mot « camp » de sa question ne pouvait pas être mieux choisi car il s'agissait de la silhouette d'une petite fille tuée lors du massacre perpétré dans les camps de Sabra et de Chatila.

Enfin, presque en marge de la rencontre mais au cœur du sujet, cette anecdote de trois, en fait de quatre fois rien que je rapporte pour clore mon propos sur une ouverture. A l'instant de faire une photo des élèves avec l'artiste pour la remettre à la presse locale, quatre de ces élèves se mirent à part puisque n'ayant pas l'autorisation parentale concernant le droit à l'image.
C'est leur droit. Je veux dire c'est le droit de leur parents et même, avant d'être leur droit, c'est leur volonté, à respecter. Je signale toutefois en passant ne pas savoir ce qu'il en est pour les principaux intéressées, les élèves.
Je veux souligner par là que si notre rencontre s'appuyait sur le motif de la toile, « un certain sort réservé aux enfants sans papiers », elle fini par pointer le fait que les enfants ayant des papiers ne sont eux-mêmes pas tous égaux pour, sur le papier journal, y apparaître. Sauf à être évoqués auprès de ceux qui me lisent.
Afin que de la présence de ces enfants « avec papiers à portée restreinte »,dans vos papiers à vous, petits ou grands vous puissiez prendre note.

Merci à Frédéric et Magali pour leur engagement, merci aux élèves pour leur engagement.
Paris, le 05 09 2015
JTF